| Glen
Winter, le réalisateur d’origine
canadienne de l’épisode 5.15
Cyborg et directeur de la photographie
depuis le début de la série,
s’est livré en exclusivité,
à Planète Smallville. Il nous
parle de ses débuts de réalisateur
et de ses cinq années d’expérience
sur Smallville...
Planète Smallville : Bonjour
et merci de nous accorder cette interview.
Est-ce que vous parlez français ?
Glen Winter : Malheureusement,
non.
PS :
Pouvez-vous nous parler de vous ? Quel
âge avez-vous ? Etes-vous allé
à l’université et si oui
qu’avez-vous étudié ?
GW : J’ai trente-sept ans. Je suis allé
à UBC, the University of British Columbia
et j’y ai étudié le Cinéma
et la Télévision, j’ai
obtenu mon diplôme en 1991. Depuis que
j’ai à peu près douze
ans, je sais que je veux être directeur
de la photographie, je n’ai jamais hésité.
J’étais vraiment très
motivé et je savais exactement quel
était mon objectif.
PS :
Comment avez-vous commencé votre
carrière ?
GW : Dès
que j’ai été diplômé,
j’ai immédiatement voulu travailler
comme technicien sur les plateaux au lieu
d’essayer de faire mes propres films
comme ceux avec qui j’étais en
cours. Je voulais vraiment me frotter au côté
technique, je voulais travailler dans des
conditions de professionnel, avec des professionnels
et avec du matériel de professionnel.
J’ai fait deux choses : j’ai travaillé
comme technicien lumière pour le théâtre
et j’ai aussi été machiniste
sur des téléfilms et des séries
qui étaient tournées à
Vancouver au début des années
90. Le début des années 90 était
le commencement du boom télévisuel
à Vancouver, même si cela avait
déjà commencé dans les
années 80 avec 21 Jump Street,
c’est vraiment dans les années
90 que c’est devenu une très
grosse activité dans cette ville et
que beaucoup d’emplois se sont créés.
J’ai donc pu faire quelques téléfilms
de type hollywoodien, vous savez dans lesquels
quelqu’un tombe enceinte, généralement
une adolescente ou bien alors quelqu’un
est en train de mourir, ce genre d’histoires
un peu idiotes et toujours semblables..
PS :
Cyborg est le premier épisode de
Smallville que vous réalisez
?
GW : Oui, le premier que j’ai réalisé.
A la fin de la saison dernière, j’ai
parlé avec Greg Beeman et James Marshall
à propos de mon désir de réaliser
un épisode. Pendant les trois premières
saisons tout le monde me disait sans cesse
« tu devrais réaliser, tu es
une aide précieuse pour le réalisateur,
tu as de très bonnes idées ».
Et je disais « oui, mais je préfère
me concentrer sur mon travail de directeur
de la photographie ». Je ne ressentais
pas vraiment le besoin d’aller plus
loin.

En 2005, Glen Winter a recu un Award de
la Canadian Society of Cinematographers
pour son travail sur l'épisode
3.19
- La mémoire dans la peau |
 |
PS
: Donc,
vous êtes directeur de la photographie
sur Smallville depuis le début
de la série ?
GW : En
fait, quand la série a commencé,
je venais de terminer un film, et j’ai
été engagé pour travailler
sur la deuxième équipe de
Smallville par le premier directeur
de la photographie de la série
Attila Szalay. La première saison,
c’était de la folie. Nous
dépassions les budgets, nous retournions
des scènes tout le temps parce
que nous n’aimions pas certaines
choses, nous avons tourné des scènes
supplémentaires pour améliorer
le premier épisode parce que c’était
une série sur laquelle beaucoup
d’argent avait été
investi car tout le monde pensait qu’elle
avait un réel avenir, nous avons
retourné les scènes avec
Annette O’Toole qui a remplacé
Cynthia Ettinger, mais il n’y a
pas eu que ça, le premier épisode
auquel j’ai participé était
l’épisode 1.02
- Métamorphoses. Nous pensions
qu’il n’y avait pas assez
d’action dans cet épisode,
alors nous avons tourné tout un
tas de scènes d’action en
plus pour rendre cet épisode plus
excitant et on a fini par tourner beaucoup
plus de choses que ce que l’on était
supposé. |
PS :
En tant que réalisateur de la deuxième
équipe, quel genre de scène tourniez-vous
?
GW : Je n’ai pas commencé par
réaliser, au début j’étais
le directeur de la photographie de la deuxième
équipe. Une des premières choses
que l’on a faîte, c’était
pour l’épisode 1.03
- Têtes brûlées. Nous
avons tourné toutes les scènes
de football américain sous la pluie
du début de l’épisode,
et aussi quand le bureau de Chloé est
en feu. En général, on tourne
toutes les grosses séquences d’action,
les cascades, les poursuites en voitures,
les choses qui sont trop difficiles à
tourner avec l’équipe principale.
En plus de cela, nous tournons les scènes
que l’équipe principale n’est
pas capable de tourner à cause de problèmes
de météo ou de n’importe
quel autre type de problème.
PS :
Si je résume, vous avez décroché
la réalisation de Cyborg parce que
vous faisiez déjà partie de
l’équipe et que tout le monde
vous disait « Glen, tu es très
doué, tu devrais essayer » ?
GW : [rires]
En quelque sorte, oui. Je suis tout d’abord
passé de la deuxième équipe
à la première. Ce qui s’est
passé c’est qu’après
six mois d’une saison, à peu
près à mi-chemin, Attila a dit
que cela représentait trop de travail
pour une personne et qu’il souhaitait
alterner et n’en faire qu’un sur
deux. Il est parvenu à convaincre les
producteurs de me choisir. Le premier épisode
dont je me suis occupé seul était
1.12
- Un homme ordinaire et j’ai donc
continué avec Attila pendant les six
mois suivants, pour les dix épisodes
qui restaient à tourner pour la saison
et ensuite Attila a décidé de
ne pas revenir pour la saison suivante. Je
continue depuis en alternant avec Barry Donlevy
l’autre directeur de la photographie.
PS :
Regardez-vous la série ?
GW : Bien
sûr, nous regardons tous la série.
PS
: Etiez-vous
fan de Superman avant l’aventure Smallville
?
GW : Je n’étais
pas spécialement un fan. Comme j’ai
grandi dans les années 80, j’étais
un grand fan de science-fiction, de Steven
Spielberg, Georges Lucas et aussi des films
de John Carpenter mais pas de Superman en
particulier, c’était plutôt
Les Aventuriers de l’Arche Perdue,
Star Wars, E.T.… Cependant, j’étais
un grand fan du film original. Je l’ai
vraiment adoré, mais je n’étais
pas un grand lecteur de comic-books.
PS : Quand
avez-vous tourné Cyborg ?
GW : Cyborg a été tourné
en janvier et avait été préparé
juste avant les fêtes de Noël.
Cela prend dix jours pour tourner un épisode.
Le tournage a débuté le premier
jour après les vacances de Noël.
PS :
Pouvez-vous nous dire plus en détails
en quoi consiste le travail de réalisateur
sur une série comme Smallville,
avant le tournage, pendant et après
?
GW : La
première chose que l’on fait,
c’est tenir une réunion par vidéophone
avec les producteurs à Los Angeles
car la série est tournée à
Vancouver et est écrite à Los
Angeles. Il y a donc beaucoup de dialogues
principalement sur les coûts et par
vidéophone c’est comme si on
était tous dans la même pièce,
c’est vraiment très pratique.
Les scénaristes, les personnes responsables
de la post production, Miles (Millar) et Al
(Gough) sont présents. Nous lisons
le script puis on met l’accent sur tous
les problèmes potentiels comme les
lieux de tournage, le budget, la disponibilité
pour le casting etc… Les scénaristes
doivent immédiatement commencer à
modifier le script pour régler les
problèmes car il y a toujours des choses
qui doivent être modifiées pour
que l’épisode soit faisable dans
la réalité.
Pendant les sept jours suivants ils modifient
le script à Los Angeles pendant qu’ici
nous cherchons les lieux de tournage, mettons
au point l’emploi du temps des équipes,
celui des acteurs car on tourne huit jours
avec la première équipe et deux
jours avec la deuxième et les deux
jours de la deuxième équipe
débordent toujours sur ceux de la première,
donc la deuxième équipe doit
s’adapter et il y a toujours, par conséquent,
deux jours par épisodes où l’on
tourne avec les deux équipes en même
temps. La plupart des séries se tournent
en huit jours mais Smallville est
une série tellement énorme que
nous en avons dix pour chaque épisode,
vu toute l’action et les effets spéciaux
présents à l’écran.
Parfois on passe une journée entière
pour tourner une seule scène parce
que des gens doivent être lancés
à travers une pièce ou parce
qu’il y a des explosions. C’est
vraiment gigantesque. Nous préparons
donc pendant huit jours, puis nous tournons
pendant dix jours au total et après
les dix jours de tournage, le réalisateur
retourne à Los Angeles pour monter
l’épisode pendant une durée
qui peut aller de un jour jusqu’à
trois jours. Moi, j’y suis allé
pendant trois jours pour avoir le plus de
temps possible pour monter l’épisode
que j’ai réalisé.
Après
le montage de la version director’s
cut (montée par le réalisateur),
cette version n’est pas nécessairement
celle qui est diffusée au final, nous
avons un superviseur de la post production
qui s’appelle Ken Horton, il est le
producteur qui est en charge de finir l’épisode,
il doit d’abord raccourcir l’épisode
parce que souvent les director’s cuts
sont trop longues par rapport au quarante-deux
minutes que doit durer un épisode,
et aussi s’il y a des problèmes
de continuité avec l’histoire
dans l’épisode, il doit les régler
avec le montage et également s’assurer
que les effets spéciaux sont parfaitement
en accord avec les scènes tournées
et l’histoire de l’épisode.
Le problème est que suivant le moment
de la saison c’est plus ou moins facile
car nous commençons à tourner
en juillet et la série n’est
diffusée qu’en octobre donc pour
les premiers épisodes, nous disposons
de pas mal de temps pour travailler sur les
effets spéciaux et les autres choses
mais plus on avance dans la saison plus les
délais entre le tournage et la diffusion
sont courts. Par exemple entre la fin du montage
et la diffusion de mon épisode il y
a eu deux semaines et demie, c’est très
peu de temps pour faire des ajustements, souvent
nous finissons les effets spéciaux
le jour avant la diffusion. Pour Cyborg, les
effets spéciaux ont été
terminés le mercredi qui précédait
la diffusion du centième épisode
(5.12
- Reckoning).
PS :
Avez-vous choisi les comédiens qui
interprètent les seconds rôles
quand vous avez réalisé Cyborg
?
GW : Lee (Thompson Young qui interprète
Cyborg) avait été choisi depuis
très longtemps mais beaucoup d’acteurs
pour les personnages secondaires sont sélectionnés
à la dernière minute. Parfois
les producteurs ont déjà une
idée en tête au moment de l’écriture.
Lorsque j’ai eu le script, Lee avait
déjà été choisi
et j’ai eu beaucoup de chance parce
qu’il était très bon et
si nous n’avions pas eu quelqu’un
d’aussi bon cela aurait complètement
affecté la qualité de l’épisode.
PS :
Pouvez-vous nous dire à quoi ressemble
une journée quand on réalise
un épisode de Smallville ?
GW : Généralement tout
le monde commence tôt le matin. Nous
répétons le première
scène prévue c’est le
blocking (terme du théâtre qui
signifie que tout le monde lit la scène
pour savoir où se placer et se déplacer
dans la scène). Tout d’abord,
on fait sortir l’équipe en dehors
du plateau et il n’y a plus que le réalisateur,
les acteurs, le directeur de la photographie
et le script supervisor (scripte) puis nous
répétons la scène, personne
ne bouge, on lit seulement pour être
sûr que les mots ont un sens et que
tout le monde est à l’aise avec
les phrases à jouer. Ensuite, nous
mettons au point les déplacements parce
que s’il y a juste deux personnes dans
une pièce et qu’ils ne se déplacent
pas cela devient vite ennuyeux. Nous mettons
donc du mouvement pour que les téléspectateurs
ne s’endorment pas [rires]. Nous mettons
aussi au point les mouvements de caméra
pour suivre les mouvement des acteurs, parce
qu’à chaque fois que les acteurs
se déplacent dans une scène,
il faut tenir compte des caméras, si
vous regardez la série vous savez que
nos caméras bougent sans cesse, c’est
très dynamique. Les caméras
tournent autour, bougent beaucoup, se déplacent.
Le but est de trouver un moyen de filmer les
acteurs qui se déplacent dans la scène
mais aussi de trouver un moyen de filmer dans
le temps qui nous est imparti car nous n’avons
pas beaucoup de temps, nous tournons douze
heures par jours, entre trois et six pages.
Ensuite, nous rappelons l’équipe
après avoir mis des marques sur le
sol et nous montrons à tout le monde
ce qui va se passer dans la scène et
comment cela va se passer. Là, en tant
que directeur de la photographie, je discute
avec le réalisateur, comment vont être
les plans, combien de plans il va y avoir
etc … Normalement pour une scène
de deux pages nous avons besoin d’à
peu près trois ou quatre heures sachant
que nous faisons entre quatre et huit plans
pour une scène typique ensuite on commence
à filmer la scène sous tous
les angles. C’est à peu près
comme ça que nous procédons
pour toutes les scènes tout au long
de la journée. Il faut souvent prendre
des décisions dans le feu de l’action,
parfois si la scène est plus longue
que ce que l’on avait prévu et
que nous sommes en retard, la scène
suivante devra être plus simple, car
le temps va manquer, c’est un procédé
qui évolue constamment, il faut être
très flexible car rien ne marche nécessairement
comme vous l’avez prévu. Tout
peut arriver, une lampe peut éclater,
la caméra peut tomber en panne, les
acteurs peuvent être malades ou en retard,
il y a une liste sans fin de choses que vous
ne pouvez pas anticiper et qui peuvent se
passer. Vous devez être capable de vous
arranger avec tout ça dans votre emploi
du temps au fur et à mesure. Au milieu
du tournage de Cyborg, Tom Welling est tombé
malade, pour la première fois en cinq
ans et nous avons dû arrêter le
tournage pendant quatre jours pour la première
fois depuis la saison 1. Tom ne pouvait pas
travailler, nous avons donc eu quatre jours
off, ce qui a fait du bien à Tom mais
aussi à tout le reste de l’équipe.
PS :
J’espère que cela n’était
pas trop grave ?
GW : Non, cela n’était
pas trop grave. Mais cela montre combien cela
a été incroyable qu’en cinq
saisons Tom n’ait été malade
qu’une seule fois. Il se sentait très
mal d’être malade pour la première
fois en cinq saisons pendant que je tournais
mon premier épisode, et j’ai dû
lui dire : « Ne t’inquiètes
pas pour ça, le plus important c’est
que tu te remettes » et puis finalement
on a tourné l’épisode et
tout va bien.
PS
: Pas une seule
fois malade en cinq ans, il est Superman ?
GW : Il est Superman ! Tom travaille
plus dur que nous tous, je travaille un épisode
sur deux, lui il travaille sur tous les épisodes,
il est là tous les jours, Michael (Rosenbaum)
n’est là que cinq jours par épisode,
Allison (Mack) est seulement là trois
jours par épisode. Il travaille vraiment
énormément, il fait de très
longues journées et je peux vous dire
qu’après cinq ans dans la série,
il est le même que celui qu’il était
au début. Une des choses dans la série
qui fait que nous y prenons tellement de plaisir,
est que le casting est vraiment super sympa,
il n’y a pas de prima dona, toutes les
jeunes femmes Allison, Kristin et Erica sont
formidables, sachant que ce sont trois magnifiques
jeunes femmes, il pourrait y avoir des rivalités
mais non, ce n’est pas du tout le cas
et c’est vraiment super.
PS :
Vous semblez très proches les uns
des autres ?
GW : Oui. C’est vrai. On est très
proche. Maintenant, Tom Welling va réaliser
son premier épisode, et j’ai passé
toute la semaine à travailler avec lui.
Directement après avoir réaliser
mon premier épisode, je travaille avec
Tom, sur la réalisation de son premier
épisode, c’est aussi une sacrée
expérience.
PS :
Avez-vous une anecdote sur le tournage ?
GW
: Ce qui a été très spéciale
sur mon premier épisode en tant que réalisateur
c’est que tous les acteurs étaient
aux petits soins pour moi, ils ont senti que
c’était une aventure très
spéciale pour moi. Ils tournent tellement
dans une saison qu’ils sont évidemment
très fatigués surtout à
cette période de l’année.
C’est difficile de rester au top durant
toute une saison de tournage mais j’ai
vraiment senti que sur mon épisode, tout
le monde et spécialement Tom s’est
donné à 110% pour être le
meilleur. Cela m’a rendu très heureux
et m’a beaucoup touché. Pour mon
tout premier jour de tournage en tant que réalisateur,
j’étais très nerveux de
réaliser et de diriger le jeu des comédiens
car pendant cinq ans je leur disais comment
trouver la lumière mais là, c’était
différent. Les deux comédiens
que j’ai dirigé pendant ma première
journée en tant que réalisateur
étaient Annette O’Toole et John
Glover. Nous avons tourné toutes les
scènes qui se passent entre eux dans
la maison, à propos du DVD et du chantage.
Pour une première journée en tant
que réalisateur, j’ai eu beaucoup
de chance d’avoir ces deux comédiens
parce qu’ils sont fantastiques et tellement
professionnels, doués, ce sont d’incroyables
acteurs à regarder travailler, je me
suis senti immédiatement à l’aise
et le bienvenu dans leur monde.
PS :
Allez-vous réaliser un autre épisode
?
GW : J’aimerais beaucoup mais c’est
encore trop tôt pour le dire parce que
même s’il devrait y avoir une autre
saison, on ne le sait officiellement qu’une
fois que la saison est terminée. C’est
le network qui décide, mais j’aimerais
beaucoup, je suis en négociation. Je
ne peux pas vraiment en parler pour l’instant,
jusqu’à ce qu’il y ait des
projets plus définis pour une autre saison.
Interview réalisée
par Fred.
Merci à Glen Winter pour sa disponibilité
et sa gentillesse.
Reproduction interdite sauf accord de Planète
Smallville ou de Glen
Winter. |