| Isabelle
Neyret, est lune des adaptatrices de
Smallville, elle sest livrée
en exclusivité à Planète
Smallville. Elle nous parle de son métier,
de Smallville et des secrets de ladaptation
de votre série préférée
en français !
[NDLR :
cette interview a été réalisée
avant le doublage de la Saison 5 qui a commencé
début janvier]
Planète Smallville : Sur
quelles saisons de Smallville avez-vous travaillé
?
Isabelle Neyret : Jai
travaillé sur la moitié de la
première saison, et sur à peu
près cinq épisodes de chacune
des trois autres saisons, car malheureusement
je nai pas eu le temps den faire
plus. Je nai pas encore commencé
à travailler sur la Saison 5. Donc
comme vous pouvez le déduire, nous
sommes plusieurs adaptateurs pour Smallville.
PS :
En quoi consiste votre métier exactement,
pouvez-vous nous lexpliquer ?
IN : Cela consiste à adapter en français
les dialogues américains originaux
de la série en tenant compte du sens
de la phrase, du synchronisme et du jeu des
acteurs.
PS :
Quel a été votre parcours
?
IN : Jai
fait lEcole Normale de Lyon, puis jai
enseigné sept ans au total, dont deux
ans aux Etats-Unis, au lycée bilingue
de San Francisco. A mon retour en 87, profitant
du lancement de la 5ème chaîne,
jai commencé ce travail dadaptatrice
en doublage car il y avait une forte demande
dauteurs et les sociétés
de doublage acceptaient alors de nous former
à la partie technique de ce travail.
Trois ans plus tard, jai démarré
en parallèle une carrière de
scénariste pour la télévision,
sur des fictions dabord, puis sur de
lanimation. Je poursuis aujourdhui
ces deux activités de front.
PS :
Comment denseignante, en France et
aux Etats-Unis, êtes-vous arrivée
à faire des adaptations ?
IN : Le hasard. Je me destinais à lenseignement,
mais je voulais être réalisatrice.
Jai notamment passé le concours
dentrée à lIDHEC,
jai aussi été cameraman
sur une chaîne câblée locale
de San Francisco. De retour en France, alors
que je cherchais du travail comme stagiaire
à la réalisation ou à
la régie sur des productions françaises,
cest un ami qui ma introduit dans
la profession, sachant que je parlais parfaitement
anglais. Il ma présenté
à un gérant de boîte de
doublage, lequel ma alors proposé
de faire des adaptations. Au départ,
jai accepté en attendant de pouvoir
décrocher du travail en réalisation.
Et puis très vite ça ma
plu, un vrai coup de coeur, et jai décidé
de poursuivre dans cette voie qui me correspondait
plus. Je ne le regrette pas une seconde, jadore
ce métier. Jai démarré
sur une très bonne sitcom américaine,
Cheers, une série qui ma
fourni presque un an de travail. Je suis passée
ensuite à dautres séries,
des téléfilms et des films cinéma.
PS :
Sur quelles autres séries ou films
avez-vous travaillé ?
IN : En dehors de Smallville, sur presque
vingt ans, jai travaillé sur
plus de trente films, vingt séries
de fictions et plus de vingt séries
de dessins animés. Des exemples ? Récemment,
jai travaillé sur une excellente
mini-série de la chaîne anglaise
BBC Les Arnaqueurs VIP (Hustle)
à venir sur M6, et toujours pour la
BBC sur Meurtres en sommeil (Waking
the Dead), des 90 minutes, à venir
sur France 2. Si on remonte plus loin dans
le temps, il y a eu Qui a tué Laura
Palmer ? le pilote de la série
Twin Peaks de David lynch, et puis
dautres séries, Invisible
Man (TF1), Star Trek (plus de trente
toutes séries confondues !), Les
deux font la loi (Bordertown),
Mariés deux enfants (Married
with children), La loi de Los
Angeles (L.A. Law) et bien dautres.
Pour les films, TV ou cinéma, il y
a eu par exemple : Chuck and Buck (Sagittaire
Films /Canal+), Odd little man (Norvège
- C+), Jeffrey (Columbia), Modigliani
(Taviani), Gêne mortel (TF1),
Priorité absolue (Canal +),
Les dessous du crime (FR3) et même
Texas Chainsaw Massacre: next generation
où il y a beaucoup de cris et peu de
dialogues !
En dehors des fictions, jai adapté
beaucoup de dessins animés : récemment,
une série entière de 26 x 13mn
de la BBC pour TF1 Charlie et Lola
(Charlie and Lola), des Batman pour
la Warner Bros (épisodes et téléfilm)
un grand nombre dépisodes sur
Duck Dodgers, Courage le chien froussard,
Scooby-Doo et bien dautres. Et
puis, jécris aussi des scenarii
destinés à lanimation.
Il y a eu Dans le secret de Providence
(TF1), La mouche (FR3), Jim Bouton
(TF1), Enigma (M6), Cliff Hanger,
Les Kikekois, Les babalous,
etc ... En ce début dannée
2006, jécris huit épisodes
dune nouvelle série danimation
inspirée de Fame pour la chaîne
5, dont le titre provisoire est 5 sur 5
... ce qui ne va pas me laisser beaucoup de
temps pour adapter des Smallville cette
saison-ci, malheureusement !
PS :
De combien de temps disposez-vous pour
adapter un épisode ?
IN : Cest très variable. Cela
dépend beaucoup du moment où
la société de doublage, en loccurrence
Dubbing Brothers pour Smallville, reçoit
le matériel des Etats-Unis, et de la
disponibilité des comédiens
et de la directrice de plateau pour fixer
les dates denregistrement. Les délais
décriture peuvent aller dune
semaine à un mois, entre le moment
où je reçois le matériel
et le moment où je dois le rendre,
la moyenne se situant plutôt autour
de deux semaines, ce qui est très raisonnable.
En ce qui me concerne, jaime avoir six
jours entiers pour adapter un épisode.
Je fais sept minutes par jour en moyenne sur
Smallville, et je réserve toujours
un jour à la fin de ladaptation
pour la relecture "à plat",
cest à dire à voix haute,
sans me préoccuper de limage,
pour voir si le texte passe bien à
loral pour les comédiens, et
en privilégiant le français
sur la synchro. Cest à ce moment
là de ladaptation que le texte
doit vraiment "couler" tout seul
et que lon enlève tout ce qui
"fait trop synchro". Parfois, à
cause de problèmes de délais,
je suis obligée de faire plus vite.
Mais il est rare que jaccepte un travail
où les délais sont impossibles,
surtout si cela peut nuire à la qualité.
PS :
Quelles sont les principales difficultés
pour adapter un épisode ?
IN
: Le plus difficile,
sur Smallville, ce sont les gros plans
parce que cela limite notre champ daction,
jai par conséquent, beaucoup
moins de liberté pour choisir les mots
justes, ceux qui seront les plus fidèles
au texte original. Il faut préciser
que notre travail, cest de ladaptation,
pas de la simple traduction : il faut bien
entendu très bien connaître la
langue française, avoir de limagination,
des qualités décriture
et dexpression indéniables mais
aussi savoir jongler entre les impératifs
de la "synchro" et le sens du texte
à respecter, les sous-entendus, les
phrases à double sens, toutes les subtilités
qui passent dans le jeu des comédiens
et qui nexistent pas dans un livre.
Mais il y a aussi toutes les recherches que
je dois faire quand il sagit dune
série ou dun film qui traite
du milieu médical ou judicaire par
exemple. Dans ces cas là, jutilise
beaucoup Internet, mais parfois cela ne suffit
pas et je me renseigne auprès de vrais
professionnels travaillant dans le milieu
dont traite mon film ou mon épisode.
Jai des contacts médecins, dans
la police, la sphère judiciaire, etc
mais, malheureusement, eux aussi sont
occupés et parfois difficiles à
joindre (ou ils me rappellent trop tard !),
cest pour cela que le temps est un élément
primordial dans notre travail. En outre pour
ceux qui connaissent lunivers de lécriture
ou même de la traduction, cela nest
jamais vraiment terminé, je pourrais
débattre et chercher pendant des heures,
voire des jours pour toujours améliorer
mais malheureusement (ou heureusement sinon
je resterais des semaines sur les même
choses et je navancerais pas) il y a
des impératifs de temps à respecter.
PS :
Avez-vous des relations avec la directrice
artistique, Marie-Christine Chevalier ?
IN : Bien sûr. Pendant que je travaille,
jai toujours son numéro de téléphone
sous la main pour la contacter si jai
une question à propos de quelque chose.
Cest elle qui fait le lien entre les
adaptateurs mais aussi avec les comédiens.
Elle visionne tous les épisodes donc
elle connaît très bien la série.
Si jai un doute sur la traduction dune
expression qui a déjà été
utilisée dans un autre épisode,
je lui demande. Mais jappelle aussi
les autres adaptateurs, cela dépend
du problème auquel je suis confrontée.
Ce nest pas un travail linéaire,
il faut gérer les situations, débattre
et sadapter.
PS
: Et avez-vous,
également, des relations avec les comédiens
qui font les voix françaises ?
IN : Jessaie de me rendre
sur les plateaux quand je le peux, pour les
voir travailler et sentir lambiance.
Cest très utile de savoir pour
qui on écrit et puis cest toujours
intéressant de voir les différentes
étapes qui impliquent notre travail.
Mais aller sur le plateau demande du temps,
et quand une série démarre,
il faut aller vite, les chaînes diffusent
souvent très peu de temps après
réception du matériel (surtout
sur Smallville) et ce temps-là,
excédentaire, mest plus précieux
en écriture. Aller sur le plateau,
quand on nest pas un auteur débutant,
cest plus pour se faire plaisir et voir
notre travail mis en bouche. Jadore
voir travailler les comédiens, cest
formidable ce quil sont capables de
faire passer comme émotion juste avec
leur voix.
PS : Comment
se déroule ladaptation dun
épisode de Smallville ?
IN : Tout dabord, il y a la détection.
Le détecteur écrit au crayon
le dialogue américain original sur
une bande rythmo (semblable à celle
que lisent les comédiens français).
Il travaille sur une machine où limage
et la rythmo sont synchrones, alors que je
ne travaille quavec un écran
et un magnétoscope (certains auteurs
ont une machine et font eux-mêmes leur
détection). Le travail du détecteur
mest indispensable pour une bonne synchro.
Sil écrit "en place",
alors je sais que je naurai pas de problème
quand je relirai mon texte sur la machine
pour vérifier si tout est synchrone.
Au texte original, il ajoute des signes qui
correspondent aux mouvements de la bouche
pour que je puisse faire coller mon texte
le plus parfaitement possible aux comédiens
originaux. Il marque aussi tous les changements
de plan, cela me permet de me repérer
plus facilement quand il y a un montage rapide.
Il écrit toutes les "réactions",
ce quon appelle les "hhh",
qui correspondent aussi bien à des
cris, des respirations, de la toux, etc ...
sur lesquelles on est, parfois, obligés
de mettre du texte. Le détecteur précise
aussi tous les passages qui sont "off"
et tous ceux où le personnage est à
lécran, mais où sa bouche
est invisible. Cest indispensable pour
moi dans une phrase où il y a un va-et-vient
devant le personnage : chaque fois que sa
bouche est occultée, même une
fraction de seconde, je dois le savoir.
Pour adapter, je dispose dune cassette
VHS, du texte VO retranscrit et de la bande-mère
que me remet le détecteur. Une fois
que jai adapté les dialogues
chez moi, il y a létape de la
"vérification" : je vais
au studio où, avec Marie-Christine
Chevalier, la directrice de plateau, je relis
tout lépisode à haute
voix sur la machine et Marie-Christine vérifie
si cela colle bien tant au niveau de la "synchro"
que du sens. Lensemble doit être
fluide, naturel et doit sonner juste. Et puis
nous vérifions également le
français qui doit être impeccable.
Mon texte est bien sûr écrit
sur la bande au crayon à papier : cest
un métier où lon gomme
beaucoup !
Ensuite, le texte est recopié par une
calligraphe sur une bande rythmo transparente.
Son écriture vraiment très lisible
permet aux comédiens de faire leur
travail avec le plus de facilité possible.
La bande, où la calligraphe a recopié
le texte, est aussi épurée des
marques que le détecteur a placées,
ainsi le comédien na plus que
le texte français sous les yeux. Cest
aussi la calligraphe qui veille à ce
que chaque rôle soit toujours sur la
même ligne. Il y a 3 lignes virtuelles
sur une bande rythmo (cest une bande
de 35 mm, on ne peut pas en mettre plus) et
si on choisit de mettre Clark sur la ligne
du haut et Lana sur celle du milieu, il vaut
mieux quils gardent leur ligne pendant
tout lépisode, ou au moins au
sein dune même "boucle"
(tout film ou épisode est découpé
en "boucles" qui durent chacune
environ une minute. Les comédiens enregistrent
une boucle après lautre, parfois
même dans le désordre). Sachant
sur quelle ligne est leur personnage, loeil
des comédiens capte tout de suite que
cest à eux de parler. Cela évite
les confusions et facilite le travail sur
le plateau.
PS :
Recevez-vous des indications de la part
de la Warner ?
IN : Cest plutôt la chaîne
de télévision M6, cest-à-dire
le diffuseur, qui est présent et qui
veille à ce que les dialogues ne soient
pas trop violents ni grossiers même
si cest le cas dans la version originale,
mais en ce qui concerne Smallville
cela narrive pas, car même en
version originale cest une série
familiale. Le vrai garant du produit fini,
cest la directrice de plateau. Elle
connaît bien les clients et sait jusquoù
elle peut aller dans le langage. Sur certaines
séries, on peut faire dire "merde"
à de grosses brutes sanguinaires, sur
dautres ils seront condamnés
à dire "zut" !
PS :
Quel est votre personnage préféré
? Et pourquoi ?
IN : Lex Luthor. Les méchants
sont, en général, toujours plus
intéressants. En outre, du point de
vue de ladaptation, comme cest
un personnage qui a reçu une très
bonne éducation, il a un statut donc
son langage est différent, les citations
shakespeariennes et les proverbes chinois
sur lart de la guerre sont vraiment
un défi en terme dadaptation
pour moi, il ne pourrait pas dire "qui
ma chouré ma caisse ?" par
exemple [rires]. Les méchants sont
vraiment mes personnages préférés
et dans Smallville avec les Luthor père
et fils cest un vrai bonheur, les acteurs
américains sont excellents et très
bien appuyés par Damien
Ferrette et Pierre Dourlens, qui sont
vraiment plus quà la hauteur.
Et puis, jaime aussi beaucoup le personnage
de Chloé, qui est vraiment pétillante,
très intelligente et qui utilise un
vocabulaire toujours très coloré.
Elle est pleine dimagination dans ses
propos, et la voix dEdwige Lemoine lui
va très bien, là aussi cest
passionnant de travailler sur son personnage.
PS :
Certains personnages sont-ils plus difficiles
à adapter ?
IN : Oui, Lana. Pas au niveau du texte,
mais au niveau de la synchro pure. Elle fait
toujours beaucoup de mouvements avec sa bouche,
avant et après ses répliques,
et ce nest pas toujours évident
darriver à combler avec le texte
français, mais il faudrait demander
à Laura Blanc car cest elle qui
doit en dernier ressort tout faire pour que
"ça colle". Et puis il y
a également le personnage de Martha
Kent. Annette OToole fait beaucoup de
ronds avec sa bouche et cest assez bizarre,
donc pour synchroniser ce nest pas elle
la plus simple, mais tout ceci fait partie
du travail. Nous aussi, on doit sadapter
au jeu du comédien. On voit bien, avec
ces exemples, quune même phrase
dite par Lana, Martha ou Lex ne donnerait
pas du tout la même "traduction"
au final.
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PS
: Avez-vous
un épisode préféré
?
IN : Dans
la peau dun autre (4.06), sans
le moindre doute, John Glover et Tom Welling
y sont incroyables. Le thème de
lépisode avait déjà
été vu mille fois mais la
façon dont les scénaristes
lont traité est exceptionnelle
(là cest la scénariste
qui parle), cétait au bon
moment, avec les bons personnages et des
acteurs au sommet de leur art. Je me rappelle
de John Glover qui avait un regard tellement
apeuré, on aurait dit un petit
garçon alors que dordinaire
il est tellement glacial, cétait
une première pour le personnage
de Lionel Luthor, jai été
soufflée. Et Tom Welling était,
de nouveau, excellent dans le rôle
du méchant. Sinon, jaimais
bien les épisodes avec le principe
du "Freak of the Week" comme
lépisode Corps
de Glace (1.05). |
PS :
Vous souvenez-vous dun moment particulièrement
difficile à adapter ?
IN : Dans lépisode intitulé
Les
Trois Sorcières (4.08), il y avait
du latin et jai eu des difficultés
parce quen version originale, les comédiens
parlaient latin mais avec une sorte daccent
italien, cétait assez étrange.
Et en plus, je navais pas la transcription
du dialogue latin. Le retranscrire à
loreille aurait été trop
aléatoire (surtout avec laccent
exotique que les comédiens américains
avaient choisi !). Jai dû faire
appel à un professeur de latin pour quelle
maide à comprendre, et une fois
ladaptation de ce passage terminée,
jai dû lui demander de me le réécrire
entièrement en phonétique sur
une page séparée pour que les
comédiens (qui ne connaissent pas tous
le latin) puissent le prononcer le plus justement
possible, puisquil leur était impossible
de se fier à ce qui était dit
en anglais. Ce professeur, qui a vu lépisode
diffusé, a trouvé le résultat
final très bien. Vous voyez, quand on
fait ce travail on a toujours des surprises.
Cela fait partie des raisons pour lesquelles
cela prend du temps, vous serez toujours confronté
à quelque chose que vous navez
jamais vu et quand cela se présente,
il faut faire des recherches pour trouver des
solutions. Javais déjà adapté
des films en dautres langues (italien,
allemand, norvégien, suédois et
même tchèque), à partir
de traductions fournies, mais jamais de langue
morte !
PS :
Pourquoi aimez-vous faire ce travail ?
IN : Ce
qui me plaît le plus, cest la liberté
quon nous laisse dans ladaptation.
Je prends vraiment beaucoup de plaisir à
le faire. Il faut beaucoup dimagination,
cest très gratifiant et puis cest
un exercice intéressant. Adapter, cest
traduire le texte tout en restant fidèle
au jeu des comédiens originaux et cest
là que réside toute la difficulté
et donc tout lintérêt. Ce
nest pas comme traduire un roman où
je pourrais mettre des nota bene (N.B.), je
ne peux pas expliquer, il faut que cela soit
compréhensible immédiatement.
Cest en cela, quest le challenge.
Quand, en plus, je travaille sur des produits
de qualité, comme Smallville,
je prends vraiment du plaisir.
PS :
Quels conseils donneriez-vous à quelquun
qui voudrait faire ce métier ?
IN : Parler et comprendre langlais
facilite grandement le travail bien sûr
(surtout pour la rapidité décriture
... car ouvrir un dictionnaire et retrouver
son chemin dans les labyrinthes lexicaux, ça
prend du temps !) mais ce nest peut-être
pas le plus important. Je connais dexcellents
adaptateurs qui ont commencé, au départ,
à travailler à laide dune
traduction faite par un autre, traduction quils
adaptaient ensuite en fonction de la synchro.
Peu à peu, ils nont plus eu besoin
dintermédiaire. Nous ne sommes
pas traducteurs mais adaptateurs, même
si je suis parfaitement bilingue. Nous sommes
plus des auteurs. En conséquence, il
faut avoir de grandes qualités pour manier
le français, avec la contrainte de rester
fidèle au jeu des comédiens de
la version originale, ce qui veut dire quil
faut parfaitement maîtriser tous les niveaux
de langage afin dêtre vraiment crédible.
Il ne faut pas avoir peur de "se détacher"
du texte, dêtre inventif, parfois
même de tout réinventer (surtout
en cas de jeux de mots intraduisibles et dans
les dessins animés).
Le plus simple, pour un débutant aujourdhui,
cest de faire un DESS. Il existe trois
ou quatre facs sur toute la France (entre autres
à Lille) qui offrent à leurs étudiants
une spécialité doublage/sous-titrages
(liée à langlais). Mais
à larrivée, comme pour toutes
les formations, il faut savoir que les places
sont rares. Lidéal, une fois que
lon a une solide formation de traducteur,
cest de connaître quelquun
pour vous former, car au début il faut
être accompagné. Je considère
que mes six premiers mois sur Cheers en 1987
- où jétais à plein
temps, plus de huit heures par jour ont
été ma vraie formation. Cest
la boîte de doublage elle-même qui
a assuré ma formation et la supervision
de tous mes textes (la création de la
5 a brutalement généré
25% de travail en plus, il a fallu former des
auteurs à toute vitesse). Je suis sûre
que si je relisais mes textes aujourdhui,
ils me sembleraient maladroits, et que je trouverais
des passages entiers qui "font synchro".
Je pense que jai réussi à
me "libérer de la synchro",
à me sentir vraiment à laise,
au bout de deux ans de travail. Donc il faut
de la persévérance pour entrer
dans ce métier !
Jai récemment formé un ami
scénariste, donc parfaitement à
laise pour manier le français,
et de plus, parfaitement bilingue. Pendant deux
mois, je relisais son travail, petit bout par
petit bout, et jai même réécrit
entièrement son premier épisode,
mais cest normal, cest une mécanique
spéciale, cela sacquiert, il faut
un peu dentraînement. Ma présence
était, dailleurs, une des conditions
grâce à laquelle il a eu le contrat.
La société de doublage savait
que jétais là pour contrôler
et "garantir" le travail au final.
Il sagit dun métier très
dur, on commence souvent par les choses les
moins intéressantes, cela veut dire aussi
être moins bien payé. Donc, au
début, je conseille vraiment davoir
un autre travail pour vivre correctement ou
alors de pouvoir se contenter de peu. Mais après,
au fur et à mesure, on shabitue
à la mécanique, on a des choses
plus intéressantes à faire, on
travaille plus vite, on gagne un peu plus dargent.
Je gagne aujourdhui environ cinq fois
plus quà mes débuts, mais
cela a pris plus de quinze ans !
Un auteur-adaptateur est payé une première
fois à la remise de son travail par la
société de doublage (paiement
à trois mois, en fait). Il touche ensuite
une deuxième partie sous forme de droits
de diffusion (les fameux droits dauteur)
mais là, il faut attendre que le produit
soit diffusé puis que les droits soient
reversés par la SACEM qui les collecte
pour nous auprès des chaînes et
cela peut être long. Au démarrage,
on ne touche pas de droits SACEM avant environ
deux ans. Donc, quand on débute, il faut
saccrocher mais une fois que la machine
est en route cela devient plus facile. Si on
veut exercer ce métier, il faut vraiment
être très motivé.
Précision importante : nous ne sommes
pas intermittents du spectacle, donc nous navons
pas de congés spectacle (vacances), pas
dindemnités chômage, pas
dallocations maladies (ou alors à
partir de quinze jours consécutifs de
maladie, et au tarif plancher de la sécu).
Au début, il faut donc travailler sans
cesse ... le temps que les droits dauteurs
versés par la SACEM viennent nous assurer
le pécule qui nous permet de prendre
des vacances et dêtre décemment
malades !
Deux organismes peuvent renseigner tous ceux
que ce métier tente :
Le SNAC (Syndicat National des Auteurs
Compositeur), seul syndicat qui a un groupement
doublage/sous-titrage. Il " travaille "
très étroitement avec les facs
qui proposent ces DESS et organise une fois
par an, dans ces facs, une réunion dinformation
sur notre métier, réunion faite
par un auteur-adaptateur.
SNAC
88, rue Taitbout
75009 Paris
Tél. : 01 48 74 96 30
Site web : www.snac.fr
LAGESSA, lorganisme de sécurité
sociale qui pourra vous renseigner sur la partie
retraite/sécu.
21 bis, rue de Bruxelles
75009 PARIS
Tél. : 01 48 78 25 00
Interview réalisée
par Fred.
Merci à Isabelle Neyret pour sa disponibilité
et sa gentillesse.
Reproduction interdite sauf accord de Planète
Smallville ou d'Isabelle
Neyret. |